« Jeune » paroissienne dans ma nouvelle paroisse de Seine-et-Marne, je ne connais personne.
Ce dimanche-là, celui de la Parabole du semeur (Matthieu 13), mon cœur accroche, pour une fois, à l’unique annonce paroissiale. « Du fait de l’été, guère d’infos à vous communiquer, s’excuse presque la préposée à l’agenda ecclésial, si ce n’est les obsèques de Roger, mercredi prochain, si vous pouvez être là… »
Roger, décédé il y a quinze jours de cela, seul dans son appartement. Sans famille. Les voisins n’ont pas fait attention. Nulle vigilance, nulle alerte.
Roger, petit monsieur humble et réservé, le sacristain de l’église des années durant, qui, très affaibli, ne faisait plus que la quête dernièrement.
Roger. Le Christ, Marie et les saints pour seule Famille (non des moindres, mais quand même…).
« Vous trouverez au fond de l’église une petite boîte blanche : si vous voulez faire un don, pour que nous puissions lui offrir des obsèques dignes et décentes… »
L’envoi prononcé, je me dirige aussitôt vers l’annonciatrice pour connaître l’emplacement du « nouveau cimetière ». C’est alors qu’on m’interrompt, un rien indigné, pour connaître les raisons d’une célébration dans la « nature », et non point dans l’église où Roger s’est tant dévoué : « Pour des raisons sanitaires, explique notre interlocutrice, comme il a été découvert tardivement… l’état du corps… on n’a pas le droit… »
Roger, l’une des 109 victimes quotidiennes de la canicule.
Un inconnu pour moi, mais le premier nommé de ma nouvelle paroisse, dont le départ, abrupt et discret, me met en lien avec la communauté, sème outre-tombe en engageant une réponse fraternelle immédiate auprès de l’église et de la mairie, afin que nous puissions réseauter, gagner en vigilance les uns envers les autres, notamment auprès des personnes les plus vulnérables.
