Quand mes hommes et femmes de l’ombre, entre autres lectures, inspirent Martine Digard, écrivaine et chroniqueuse bretonne…
Être en prison. Être. Le 14 Décembre 2025 a été célébré à Rome le Jubilé des détenus. Le Pape a proclamé : « Que personne ne soit perdu ! Que tous soient sauvés ! » Les évêques, eux, la semaine qui a suivi, ont rencontré des prisonniers, et ont employé plusieurs fois le mot Espérance. Quant à moi, «par hasard», j’ai retrouvé, au même moment, le livre de Delphine Dhombres, visiteuse de prison, Hommes de l’ombre, dans un carton à part.
Et la semaine d’après Prof chez les taulards d’Aude Siméon, perdu dans mes livres.
Être en prison. Qu’ils le provoquent ou qu’ils le subissent, vivre en prison, notamment en maison d’arrêt, est un enfer. Les conditions, on le sait, sont de vraies punitions et ne facilitent pas l’Espérance : matelas entre deux lits à étages, toilettes indiscrètes, promenades sans une herbe, dans une cour entourée de murs, violences des uns, trafics, menaces des autres, d’où suspicion sans cesse et épuisement des surveillants, surpopulation ou isolement total…
C’est la galère : attente. Attente. Attente d’une éventuelle remise de peine ou de la fin d’un procès. Aucune nouvelle. L’avenir blanc. Et la nuit ? Avec la lumière éblouissante toutes les 45 minutes, pour être bien surveillés. Et nous, on dit : « Qu’est-ce que c’est que vingt ans de prison ? » VINGT ans ! Pas trois semaines !!! Je sais on va me dire, c’est normal, ils ont tué. Vingt ans, où certains souffrent de mauvaise conscience, de haine de soi. D’autres, oui, sont inflexibles. Le mot « amour » n’a jamais existé pour eux. Et là-dessus, au bout de ce temps éternel, la sortie ! Âge : 65 ans au moins, où vont-ils aller ? Sous le pont ? Pour faire quoi ? Pas de métier ! Trop tard ! Là, la prison, c’est presque mieux. Il y en a qui supplient d’y rester. D’autres sortent plus jeunes et ils retombent. Même s’ils ne le voulaient pas.
Je garderai de mes lectures, deux témoignages émouvants. Joie d’un jeune taulard après un cours de « la prof » Aude Siméon : « Moi, en tout cas, pendant tout ce cours, j’ai oublié que j’étais en prison ! »(1) Et l’histoire d’une femme rencontrée et écoutée par Delphine. « Face à moi, la douceur incarnée », dit la visiteuse. La femme sourit, tricote, récite un jour le psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger / Je ne manque de rien / Sur des prés d’herbes fraîches / il me fait reposer ». Puis parle un jour de ses quatre filles tant aimées, de ses deux maris, le deuxième brutal, alcoolique, « il me battait » et elle devient alcoolique ; elle dit : « Enfant, abandonnée, je n’ai jamais connu que la DASS, des familles de passages… Et puis, la fin, Mes deux petites filles – la prunelle de mes yeux » et trois mots : « décédées / étouffées / tu-ées »(2). Émotion.
Être en prison. Être. Espérance. Le Seigneur est mon berger.
Martine Digard
21 12 2025 pour Février 2026
1 Aude Siméon Prof chez les taulards, Ed.Glyphe, 2012.
2 Delphine Dhombres Hommes de l’ombre, Ed. Nouvelle Cité, 2019.
