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{"id":309,"date":"2012-01-08T15:58:01","date_gmt":"2012-01-08T14:58:01","guid":{"rendered":"http:\/\/tobeornot.fr\/?p=309"},"modified":"2018-09-25T11:25:12","modified_gmt":"2018-09-25T09:25:12","slug":"la-prison-apres-le-caniveau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tobeornot.fr\/?p=309","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La prison apr\u00e8s le caniveau\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Synth\u00e8se et morceaux choisis de l&rsquo;essai de Christiane de Beaurepaire :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Non-lieu, un psychiatre en prison<\/strong>, 2009, Fayard, 358 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Rester sensible aux hommes et \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9,\u00a0<\/em><em>\u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;\u00e9motion, la leur et la n\u00f4tre,\u00a0c&rsquo;est un message d&rsquo;affection \u00e0 mes enfants et \u00e0 mes petits-enfants. Pour qu&rsquo;ils le transmettent \u00e0 leur tour\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"354\" data-permalink=\"https:\/\/tobeornot.fr\/?attachment_id=354\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_.jpg?fit=300%2C300&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"300,300\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_.jpg?fit=300%2C300&amp;ssl=1\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-354\" title=\"51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_.jpg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_.jpg?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/51ZzmlDOEWL._SL500_AA300_.jpg?w=300&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>Dans ce livre, Christiane de Beaurepaire, ex-psychiatre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital carc\u00e9ral de Fresnes, nous livre ses r\u00e9flexions \u00e9labor\u00e9es sur le tard d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9rience aupr\u00e8s des d\u00e9tenus. Elle explique comment ce lieu marginal qu&rsquo;est la prison est un miroir refl\u00e9tant l&rsquo;\u00e9volution id\u00e9ologique de notre soci\u00e9t\u00e9, de l&rsquo;\u00c9tat, de la Justice ; comment notre soci\u00e9t\u00e9 a r\u00e9gress\u00e9 en passant de l&rsquo;\u00c9tat-Providence \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat p\u00e9nal, puis \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat de s\u00fbret\u00e9; comment nous sommes venus \u00e0 criminaliser nos marges, pouss\u00e9s par le populisme p\u00e9nal ambiant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La psychiatre dresse un \u00e9tat des lieux de la prison, entre inutilit\u00e9 et n\u00e9cessit\u00e9 &#8211; pour le \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb de qui ? Pas pour celui que l&rsquo;on croit. Cela est une certitude. A rebours de nos pens\u00e9es cloisonnantes, cet \u00e9tat des lieux d\u00e9borde de l&rsquo;enceinte p\u00e9nitentiaire pour questionner la prison au sein de notre soci\u00e9t\u00e9, et le condamn\u00e9 dans son humanit\u00e9. Le regard port\u00e9 est moins m\u00e9dical qu&rsquo;humain, moins impartial qu&rsquo;indign\u00e9. Livre pamphlet. V\u00e9ritable chef d&rsquo;accusation. Un triste non-lieu. Pas pour celui que l&rsquo;on croit. Cela est une certitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mieux comprendre ce lieu embl\u00e9matique du pouvoir qu&rsquo;est la prison, l&rsquo;auteur nous invite \u00e0 passer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du guichet, des grilles, l\u00e0 o\u00f9 le monde n&rsquo;est plus ; \u00e0 passer du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;invisible social, du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0morts sociaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><!--more-->I) Ce qu&rsquo;\u00e9tait la justice p\u00e9nale : de l&rsquo;exclusion \u00e0 la r\u00e9insertion<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Force est de parler \u00e0 l&rsquo;imparfait, malheureusement, d&rsquo;une certaine justice qui gagnait en \u00e9galit\u00e9 et en humanit\u00e9. Celle h\u00e9rit\u00e9e du Code P\u00e9nal (ou Napol\u00e9on &#8211; 1810) qui allait dans le sens d&rsquo;une \u00ab\u00a0humanisation\u00a0\u00bb de la d\u00e9tention en exon\u00e9rant les malades mentaux de leur responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, en les confiant \u00e0 la m\u00e9decine, aux h\u00f4pitaux, et non \u00e0 la prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des prisons qui gagnaient en humanit\u00e9, autant que faire se peut, et m\u00eame si tout restait encore \u00e0 faire, aux lendemains de la seconde guerre mondiale, tirant ainsi les le\u00e7ons des incarc\u00e9rations douloureuses dans les camps de concentration. Une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es durant. Le temps des Trente Glorieuses. Celui de l&rsquo;\u00c9tat-Providence qui poursuivait des objectifs de protection et de justice, bas\u00e9s sur tout un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9, d&rsquo;assistance et d&rsquo;aides sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, apr\u00e8s 1945, une s\u00e9rie de r\u00e9formes modifient les donn\u00e9es de l&rsquo;incarc\u00e9ration. Davantage consid\u00e9r\u00e9 comme une personne, le prisonnier tend \u00e0 ne plus \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 son num\u00e9ro d&rsquo;\u00e9crou :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ordonnance du 2 f\u00e9vrier 1945 sur l&rsquo;enfance d\u00e9linquante qui impose la primaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ducatif sur le r\u00e9pressif et cr\u00e9e des tribunaux pour enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Cr\u00e9ation du service social des prisons, du milieu ouvert (\u00e9ducateur suivant un enfant dans son milieu familial) et de la formation professionnelle des d\u00e9tenus, dans une optique de r\u00e9insertion sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; 1945, r\u00e9forme Amor : soigner l&rsquo;\u00e2me, l&rsquo;esprit des prisonniers, soulager leurs souffrances, leur d\u00e9tresse. Le temps des psychiatres en prison. Pour une prise en compte de l&rsquo;histoire, de l&rsquo;humanit\u00e9 de chaque prisonnier. On pensait alors qu&rsquo;il fallait lutter pied \u00e0 pied avec la d\u00e9gradation quotidienne, le d\u00e9sespoir, la solitude, la honte, la peur, la mis\u00e8re, le suicide. Le devoir commandait de restaurer la dignit\u00e9 et l&rsquo;espoir chez tous les prisonniers accabl\u00e9s, de reconstruire les hommes en morceaux et de pr\u00e9parer leur libert\u00e9 retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; 1958 : cr\u00e9ation du juge d&rsquo;application des peines dans un souci d&rsquo;individualiser la peine en fonction de la personnalit\u00e9 du criminel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; 1960 : suppression du bagne et de la d\u00e9portation ; interrogations sur le bien-fond\u00e9 des maisons de correction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; 1994 : r\u00e9forme permettant de soigner les prisonniers malades comme tous les citoyens, comme n&rsquo;importe quel homme, \u00eatre humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, depuis les ann\u00e9es 70, sous l&rsquo;assaut des courants de pens\u00e9es mon\u00e9taristes et n\u00e9o-lib\u00e9ralistes, \u00ab\u00a0la main visible\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00c9tat a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre contest\u00e9e par ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 depuis la R\u00e9volution conservatrice. Aujourd&rsquo;hui, du fait de la crise \u00e9conomique, mais aussi des mutations sociologiques et id\u00e9ologiques avec le vieillissement de la population, de l&rsquo;individualisme et de la probl\u00e9matique du \u00ab\u00a0Soin\u00a0\u00bb, la question de l&rsquo;\u00c9tat-Providence fait clairement l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9bat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les partisans d&rsquo;une conception minimaliste, dite de gendarmette, reviennent \u00e0 la charge pour faire valoir que le r\u00f4le et les missions de l&rsquo;\u00c9tat doivent se cantonner aux fonctions r\u00e9galiennes (police, arm\u00e9e, justice).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on le sait, les prisons se vident dans les p\u00e9riodes fastes, lorsque l&rsquo;\u00c9tat se fait providence. Un gros mot l&rsquo;Etat-Providence aujourd&rsquo;hui. Faut plut\u00f4t dire l&rsquo;\u00c9tat p\u00e9nal, lorsque les travailleurs sociaux disparaissent et que se multiplient les fonctionnaires de police et ceux de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de 1978, la p\u00e9riode de s\u00fbret\u00e9 ajoute \u00e0 la peine d&#8217;emprisonnement l&rsquo;impossibilit\u00e9 de son am\u00e9nagement, r\u00e9duisant les pouvoirs du juge d&rsquo;application des peines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la peine de mort est abolie en 1981, les peines se durcissent depuis : en 1986, elles passent \u00e0 trente ans. 1994 : r\u00e9forme du code p\u00e9nal qui va dans le sens d&rsquo;un durcissement et d&rsquo;un allongement des peines, avec l&rsquo;introduction de la perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>II) Ce qu&rsquo;est la justice de s\u00fbret\u00e9 :\u00a0un iceberg, ou de l&rsquo;exclusion \u00e0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 l&rsquo;\u00e9limination<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A) Qui sont vraiment les d\u00e9tenus ? La prison, entre asile et h\u00f4pital<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De gros bandits ? Al Capone et compagnie ? Des violeurs en s\u00e9rie et serial killer qui font fr\u00e9mir comme \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 ? Du gros poisson ? Qu&rsquo;en est-il de ces 6 \u00e0 8 mille prisonniers par an qu&rsquo;ingurgite all\u00e8grement la prison de Fresnes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prison, un miroir de notre soci\u00e9t\u00e9, \u00ab\u00a0la mis\u00e8re du monde qui s&rsquo;expose\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bonne m\u00e8re chez qui l&rsquo;on place, comme autrefois \u00e0 l&rsquo;hospice, les mis\u00e9rables\u00a0\u00bb. Les prisonniers, pour l&rsquo;essentiel, restent des \u00ab\u00a0\u00e9clop\u00e9s de la vie\u00a0\u00bb, des pauvres, des sans-papiers, des sans-domicile-fixe, mais, plus gravement et surtout, des malades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La France conserve son recordman pour les suicides chez les prisonniers. On ne le sait que trop. La prison regorge de malades mentaux (plus du quart des d\u00e9tenus), toxicomanes, alcooliques, schizophr\u00e8nes, agresseurs sexuels, p\u00e9dophiles, d\u00e9pressifs qui ne sont pas soign\u00e9s, dont la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychique n&rsquo;est pas prise en compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment ? Il n&rsquo;y aurait \u00ab\u00a0rien d'\u00a0\u00bbanormal\u00a0\u00bb \u00e0 emprisonner tous ces \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb ? Mais si, un scandale tr\u00e8s anormal que de traiter un \u00e9tat maniaque en prison, \u00e0 l&rsquo;isolement \u00ab\u00a0m\u00e9dical\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XXI\u00e8me si\u00e8cle, exactement comme quelques centaines d&rsquo;ann\u00e9es plus t\u00f4t, la prison redevient asile, un h\u00f4pital asile, asile \u00e0 tout faire, sinon le dernier asile pour certains&#8230; Il faut le dire : Bic\u00eatre. Nous sommes \u00e0 Bic\u00eatre, en 1810. Certes, il n&rsquo;y a ni cha\u00eene scell\u00e9e dans le mur, ni paille. Mais le sol est mouill\u00e9, les cabinets sont \u00e0 la turque dans la plupart des cellules, le pot d&rsquo;eau en plastique est renvers\u00e9, l&rsquo;homme est nu sous des couvertures de \u00ab\u00a0force\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;ob\u00e9dience ou l&rsquo;humeur du jour. Il est nu, et le Comit\u00e9 pour la pr\u00e9vention de la torture s&rsquo;en \u00e9meut. Il \u00e9crit que le malade subit des humiliations et des traitements d\u00e9gradants portant atteinte \u00e0 sa dignit\u00e9. C&rsquo;est exact et je r\u00e9ponds que j&rsquo;ai toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un malade agit\u00e9 et suicidaire, nu, en s\u00e9curit\u00e9 et vivant, plut\u00f4t que son cadavre habill\u00e9 et digne, respectueusement pendu avec ses sous-v\u00eatements. L&rsquo;indignit\u00e9 et l&rsquo;humiliation sont de traiter des malades en prison. C&rsquo;est d&rsquo;en accepter le principe. C&rsquo;est de composer avec le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, renon\u00e7ant aux commandements de l&rsquo;ex\u00e9cution des soins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Unknown.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"349\" data-permalink=\"https:\/\/tobeornot.fr\/?attachment_id=349\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Unknown.jpg?fit=194%2C259&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"194,259\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"Unknown\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Unknown.jpg?fit=194%2C259&amp;ssl=1\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-349\" title=\"Unknown\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Unknown.jpg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Il en est ainsi des agresseurs sexuels : ils seraient plus \u00e0 leur place l\u00e0 o\u00f9 on les soignerait: la prison gu\u00e9rit-elle de ces pulsions qui saisissent et contraignent ? Il faudrait que les d\u00e9cideurs du domaine de la sant\u00e9 d\u00e9couvrent enfin que les d\u00e9viances sexuelles les concernent en premier lieu, parce que c&rsquo;est tout simplement un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique et rien d&rsquo;autre. Et qu&rsquo;on apprenne enfin de quoi il s&rsquo;agit, pour pr\u00e9venir et soigner, et interdire les drames, du c\u00f4t\u00e9 des agress\u00e9s et du c\u00f4t\u00e9 des agresseurs. Un crime, la tuberculose ? Bien s\u00fbr, un crime de ne pas la soigner !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, on a beau emprisonner encore et toujours plus, il y aura toujours des schizophr\u00e8nes, des personnes qui violent des enfants&#8230; parce qu&rsquo;ils ne peuvent pas faire autrement. Le crime s&rsquo;attrape si on laisse justement sans soin toutes ces causes qui n&rsquo;ont rien de microbien, d&rsquo;infectieux, de g\u00e9n\u00e9tiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi l&rsquo;incarc\u00e9ration plut\u00f4t que l&rsquo;hospitalisation ? Question de co\u00fbt : trop cher l&rsquo;h\u00f4pital quand on a la prison qui h\u00e9berge, nourrit et soigne \u00e0 l&rsquo;occasion ces \u00ab\u00a0d\u00e9tenus\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb (mais pas \u00ab\u00a0malades\u00a0\u00bb). La prison, beaucoup moins ch\u00e8re que l&rsquo;h\u00f4pital pour les deniers publics. Le contribuable, vous et moi, nous qui renflouons au besoin les banques en faillite, qui faisons un devoir national de sauver le veau d&rsquo;or comme autrefois la Patrie, un sacr\u00e9 paradoxe. Et la prison, c&rsquo;est simplement dix fois moins cher que l&rsquo;h\u00f4pital et les structures de sant\u00e9 publique. Alors vingt-cinq ans fermes, c&rsquo;est beaucoup mieux et on s&rsquo;y retrouve au bout du compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a donc et surtout cette d\u00e9sastreuse jurisprudence qui incarc\u00e8re au lieu de soigner. Au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie, il y a surtout la d\u00e9mission de l&rsquo;autorit\u00e9 sanitaire, une irresponsabilit\u00e9 dont il faudra t\u00f4t ou tard rendre compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et de citer le philosophe Michel Foucault : \u00ab\u00a0L&rsquo;institution prison, c&rsquo;est pour beaucoup un iceberg. La partie apparente, c&rsquo;est la justification : \u00ab\u00a0Il faut des prisons parce qu&rsquo;il y a des criminels\u00a0\u00bb. La partie cach\u00e9e, c&rsquo;est le plus important, le plus redoutable : la prison est un instrument de r\u00e9pression sociale. Les grands d\u00e9linquants, les grands criminels ne repr\u00e9sentent pas 5 % de l&rsquo;ensemble des prisonniers. Le reste, c&rsquo;est de la d\u00e9linquance moyenne et petite. Pour l&rsquo;essentiel, des gens des classes pauvres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et de d\u00e9noncer le processus pervers, cynique et hypocrite d&rsquo;une criminalisation des pauvres, des sans papiers et des malades \u00e0 des fins moins s\u00e9curitaires (discours de propagande politique) qu&rsquo;\u00e9conomiques, \u00e9lectorales, m\u00e9diatiques : un d\u00e9tournement moral de l&rsquo;\u00c9tat, au nom, soit disant, du bien commun, de l&rsquo;ordre social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>B) Justifications et partie apparente de l&rsquo;iceberg,\u00a0le populisme p\u00e9nal : \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00ab\u00a0Au k\u00e4rsher !\u00a0\u00bb &#8211; au nom de la s\u00e9curit\u00e9 !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Constat : ces derni\u00e8res ann\u00e9es, nous assistons \u00e0 un saut de la pens\u00e9e sociale, en un clin d&rsquo;\u0153il, presque \u00e0 l&rsquo;insu de chacun, nous sommes pass\u00e9s de l&rsquo;exclusion \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1) Au nom du trou de la s\u00e9cu&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrefois, la sant\u00e9 partageait un minist\u00e8re avec la solidarit\u00e9. Voil\u00e0 que la sant\u00e9 partage ces jours-ci son maroquin avec les sports. Il faut dire que la sant\u00e9, c&rsquo;est en effet devenu un sport. Du sport, parce que le sport c&rsquo;est la sant\u00e9. Belle trouvaille d&rsquo;une \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb judicieuse, l&rsquo;outil moderne et indispensable des politiques et des managers afin d&rsquo;occulter les vrais mobiles de leurs d\u00e9cisions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;inspection g\u00e9n\u00e9rale des affaires sociales a pourtant r\u00e9pondu en 2002 : les malades sont en prison plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital parce qu&rsquo;on a ferm\u00e9 les lits d&rsquo;hospitalisation et renonc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des structures de soin alternatives. Raisons budg\u00e9taires, priorit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exigence \u00e9conomique, arbitrages douteux. La prison est moins ch\u00e8re que l&rsquo;h\u00f4pital, beaucoup moins. On y enferme donc des malades, et longtemps, beaucoup plus longtemps, au m\u00e9pris \u00e9l\u00e9mentaire de leurs droits, plus g\u00e9n\u00e9ralement des droits de l&rsquo;homme et finalement de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif. Donc, paradoxe : on enferme en prison les malades au lieu de les soigner \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Et on les juge ensuite pour l\u00e9galiser l&rsquo;affaire, selon le rituel et l&rsquo;apparat judiciaire, artifice de l\u00e9galit\u00e9. Avec, bien s\u00fbr le label de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ignorant avec entrain, se gardant bien d&rsquo;y voir d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s, et d&rsquo;en savoir mieux sur la nature de la schizophr\u00e9nie, d&rsquo;en apprendre sur les conditions qui am\u00e8nent une personne \u00e0 tuer son prochain&#8230; Au moins, on \u00e9vite de se poser ainsi la question \u00e0 propos des conflits arm\u00e9s, l&rsquo;autre mani\u00e8re plus simple de parler de la guerre, sinon des sanglantes boucheries officialis\u00e9es, mises en sc\u00e8ne, sacralis\u00e9es, m\u00e8re de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, des conqu\u00eates et de la victoire sur les peurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fait, ces massacres d&rsquo;\u00c9tat, combien de morts ? De morts l\u00e9gaux, officiels, de morts troph\u00e9es, plut\u00f4t que des morts victimes ? Et o\u00f9 sont les commanditaires de ces morts non victimes, des h\u00e9ros d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, des martyrs encore mieux, et des troph\u00e9es de l&rsquo;autre ? L\u00e9gion d&rsquo;honneur, rosette et Panth\u00e9on, ou bien prison pour meurtres ? H\u00e9ros national ou Tribunal international pour crimes de guerre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est idiot, je n&rsquo;ai jamais tr\u00e8s bien senti la diff\u00e9rence. Une livre de chair humaine p\u00e8serait-elle plus lourd qu&rsquo;une livre de chair humaine ? Ou moins ? J&rsquo;attends votre r\u00e9ponse car cette question me tracasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&rsquo;heure, ils ont un r\u00f4le sur mesure, ces agresseurs sexuels, ils n&rsquo;y avaient pas pens\u00e9, mais ils sont utiles : ils sont mauvais, tout simplement mauvais, personne n&rsquo;en doute, et \u00e7a c&rsquo;est excellent pour la coh\u00e9sion sociale et le moral des autres prisonniers. Les malades mentaux, une autre sp\u00e9cialit\u00e9 de la prison. Surdit\u00e9, c\u00e9cit\u00e9 ou analphab\u00e9tisme, nul ne s&rsquo;en \u00e9meut, ni l&rsquo;opinion publique qui confond volontiers les malades et les brigands, encore moins les pouvoirs publics, ravis de cette aubaine \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et voil\u00e0 comment on la rassure, non, comment on la satisfait, l&rsquo;opinion publique, pa\u00efenne divinit\u00e9, ogresse vengeresse, et comment on remplit les prisons avec ceux qui d\u00e9sormais d\u00e9sertent les h\u00f4pitaux exsangues, pour le plus grand contentement des finances publiques, des politiques et de leurs gourous id\u00e9ologiques et, pourquoi le taire, des psychiatres hospitaliers, d\u00e9bord\u00e9s, an\u00e9antis sous la t\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;en finis avec la triste r\u00e9alit\u00e9 de ce yoyo des malades entre l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique, les unit\u00e9s pour malades difficiles et le clapier de la prison. Une vie durant. \u00c9tourderie, incomp\u00e9tence ou perversit\u00e9 ? Temps perdu, \u00eatres affol\u00e9s et r\u00e9duits. Dette acquitt\u00e9e ? Laquelle ? Celle qui est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infraction commise faute d&rsquo;avoir re\u00e7u les soins requis ? Celle de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du malade et des victimes, pour avoir exclu le malade des soins requis ? Pour quel b\u00e9n\u00e9fice ? Celui de la victime et des siens, bern\u00e9s par un processus juridique en trompe l&rsquo;\u0153il cens\u00e9 les apaiser ? Celui de la soci\u00e9t\u00e9 rassur\u00e9e \u00e0 grands coups d&rsquo;annonces par sa justice, et l&rsquo;infracteur \u00e0 jamais perdu pour elle, pour lui ? Ou, trivialement, b\u00e9n\u00e9fice sonnant et tr\u00e9buchant, l&rsquo;\u00e9conomie du co\u00fbt des soins non prodigu\u00e9s<a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/enfant-prison_400.png?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"358\" data-permalink=\"https:\/\/tobeornot.fr\/?attachment_id=358\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/enfant-prison_400.png?fit=400%2C308&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"400,308\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"enfant-prison_400\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/enfant-prison_400.png?fit=400%2C308&amp;ssl=1\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-358\" title=\"enfant-prison_400\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/enfant-prison_400.png?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/enfant-prison_400.png?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/enfant-prison_400.png?zoom=2&amp;resize=150%2C150&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a> : 80 euros le prix d&rsquo;une journ\u00e9e en prison contre 600 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. A ce prix-l\u00e0, on r\u00eaverait, au minist\u00e8re de la Sant\u00e9, d&#8217;emprisonner les cardiaques, les infect\u00e9s, les diab\u00e9tiques, les vieux, et tous ceux qui fr\u00e9quentent encore l&rsquo;h\u00f4pital public. Le trou de la S\u00e9curit\u00e9 sociale ne serait plus qu&rsquo;un souvenir, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 aussi. L&rsquo;\u00c9tat, toujours pr\u00e9voyant, a une longueur d&rsquo;avance, ce sera donc le minist\u00e8re du Sport, et puis voil\u00e0 tout. Et quelques fonctionnaires en moins, on en r\u00eavait aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, d&rsquo;un peu plus haut, vous la voyez l&rsquo;incoh\u00e9rence d&rsquo;un processus d&rsquo;exclusion, condamnable en tant que tel, mis en accusation de toutes parts, mais jamais condamn\u00e9? Les paradoxes ont leurs raisons que l&rsquo;irrationalit\u00e9 ignore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 qui profite vraiment le populisme p\u00e9nal ? Aux victimes ? Aux citoyens ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2) Au nom du risque z\u00e9ro et du principe de pr\u00e9caution&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">25 f\u00e9vrier 2008 : remise de la justice et passage \u00e0 la s\u00fbret\u00e9, aid\u00e9e par l&rsquo;opinion publique grondant, \u00e9nerv\u00e9e. Or, si l&rsquo;effet paradoxal de la justice, c&rsquo;est l&rsquo;exclusion par la prison, l&rsquo;effet, non paradoxal de la s\u00fbret\u00e9, c&rsquo;est d&rsquo;\u00e9liminer par l&rsquo;enferment ind\u00e9fini. La s\u00fbret\u00e9, pour \u00eatre s\u00fbre d&rsquo;\u00eatre vraiment s\u00fbre, enferme ind\u00e9finiment l&rsquo;auteur avec son acte, \u00e9liminant ainsi les deux. Coup double. L&rsquo;exclusion s&rsquo;est donc mu\u00e9e en \u00e9limination, la s\u00fbret\u00e9 prenant le relais de la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, sous couvert de la notion de s\u00fbret\u00e9, qui \u00e9voque les polices d&rsquo;assurance, les normes de s\u00e9curit\u00e9 industrielle, la pr\u00e9vention des risques, la maintenance des ascenseurs, les jouets fabriqu\u00e9s en Chine, les OGM&#8230;, c&rsquo;est le principe de pr\u00e9caution que l&rsquo;on actionne, l&rsquo;universelle protection contre les risques les plus divers courus par chacun des recoins de nos corps et de nos existences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous vivons un changement d&rsquo;\u00e9poque et de mentalit\u00e9 : \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du virtuel, nous nous soucions moins des faits, que de l&rsquo;\u00e9ventuel, l&rsquo;irr\u00e9el, l&rsquo;impensable, le possible ; nous sommes moins dans le pr\u00e9sent que dans la projection, visant le risque z\u00e9ro. Nous sommes pass\u00e9s \u00ab\u00a0d&rsquo;une justice de la responsabilit\u00e9 \u00e0 une justice de s\u00fbret\u00e9\u00a0\u00bb (Badinter).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La personne est moins de chair, de sang, d&rsquo;id\u00e9es et d&rsquo;humanit\u00e9 que r\u00e9duite \u00e0 des chiffres, \u00e0 une cat\u00e9gorie, \u00e0 un fichier, \u00e0 un risque potentiel ; elle est simplifi\u00e9e comme un produit, une statistique, une image sur un \u00e9cran.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derni\u00e8re loi vot\u00e9e qui vaut son pesant de justice : attention, danger, on enferme en CDI &#8211; contrat \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e -, en PDI &#8211; prison \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e -, en RDI &#8211; r\u00e9tention de s\u00fbret\u00e9 \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e -, comme vous voulez, mais on enferme ceux qui ont sold\u00e9 leur peine, tr\u00e8s longue, dont la <em>vox populi<\/em> a dit qu&rsquo;ils r\u00e9cidiveront, forc\u00e9ment. Forc\u00e9ment dangereux. Car on ne dit plus \u00ab\u00a0forc\u00e9ment coupable\u00a0\u00bb. Ici, nous ne parlons plus de faits, mais de risques, on dit \u00ab\u00a0probabilit\u00e9s\u00a0\u00bb. Beaucoup plus subtil, pr\u00e9voyant, responsable et citoyen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9limination&#8230; On s&rsquo;\u00e9tait bien entra\u00een\u00e9 avec la destruction des moustiques \u00e0 grande \u00e9chelle pour \u00e9liminer le paludisme et avec celle des rats, jamais tr\u00e8s propres les rats. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;on a abus\u00e9 des pesticides. On a d&rsquo;ailleurs fabriqu\u00e9 du m\u00eame coup des r\u00e9sistances et induit de nouvelles nuisances, parfois mortelles. Ce qui devrait donner \u00e0 penser \u00e0 la fa\u00e7on qu&rsquo;ont les hommes d&rsquo;\u00e9liminer les risques. Aux effets \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9limination. Et, comme le dit Freud, gare au retour de l&rsquo;\u00e9limin\u00e9, tout juste absent\u00e9. Refoul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;\u00e9limination qu&rsquo;il s&rsquo;agit d\u00e9sormais. Exclusion qui a chang\u00e9 de nature. \u00c9limination du non-prisonnier, de l&rsquo;ex-coupable, du porteur de risque. La l\u00e8pre et la peste sont de retour. Nous en avions d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e avec ce genre de clochettes aux pieds modernis\u00e9es en bracelet \u00e9lectronique, ce mouchard GPS. Le porteur de risque est bien de la m\u00eame famille que ces infect\u00e9s, dont seuls l&rsquo;isolement et la quarantaine, tant qu&rsquo;ils sont porteurs du risque, prot\u00e8gent leurs semblables. Ind\u00e9finiment s&rsquo;il le faut, c&rsquo;est-\u00e0-dire si la m\u00e9decine reste muette. Je me souviens de l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9niale et g\u00e9n\u00e9reuse des sidatorium. Protestations, droits de l&rsquo;homme, lobbies, et, progr\u00e8s m\u00e9dicaux immenses dans le traitement de ces infect\u00e9s condamn\u00e9s.\u00a0Pour le porteur de risque criminel, nous avons les protestations, les droits de l&rsquo;homme, mais pas les lobbies. Et pourtant, ce sont des partenaires bien utiles quand la justice sociale se r\u00e9duit au rapport de force et \u00e0 la joute des pouvoirs, un spectacle bien r\u00e9jouissant, donn\u00e9 chaque jour aux infos afin d&rsquo;occuper et d&rsquo;\u00e9difier l&rsquo;opinion, fid\u00e8le supporter et barom\u00e8tre infaillible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec l&rsquo;\u00e9limination, nous sommes dans l&rsquo;erreur logique grossi\u00e8re : traiter un non-acte comme un acte, une \u00e9ventualit\u00e9 comme un fait ; confondre la r\u00e9alit\u00e9 et le possible ; affirmer l&rsquo;\u00e9quivalence sinon l&rsquo;identit\u00e9 de ces contradictions logiques. Et, sur ces postulats irrationnels, \u00e9liminer untel et d&rsquo;autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La s\u00fbret\u00e9, cette perversion de la \u00ab\u00a0pr\u00e9vention\u00a0\u00bb en forme de \u00ab\u00a0pr\u00e9caution\u00a0\u00bb : l&rsquo;\u00e9limination radicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, certains vont s&rsquo;interroger, je l&rsquo;esp\u00e8re : et la condition humaine dans tout cela ? Ses vuln\u00e9rabilit\u00e9s, ses faiblesses, ses singularit\u00e9s, ses besoins vitaux et \u00e9l\u00e9mentaires, ses droits, sa complexit\u00e9 \u00e0 peine d\u00e9chiffr\u00e9e, la vie en somme ? Aucun int\u00e9r\u00eat la condition humaine, trop ch\u00e8re, inutile, rab\u00e2ch\u00e9e, et puis, la coupable, c&rsquo;est elle. Rupture. Pas de temps \u00e0 perdre, surtout que c&rsquo;est de l&rsquo;argent, \u00e0 la trappe la condition humaine, avec le risque, le non-acte, le non-auteur et les m\u00e9decins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tat p\u00e9nal conna\u00eet-il l&#8217;empathie ? Je suis s\u00fbre qu&rsquo;il trouve que c&rsquo;est beau un pauvre, honn\u00eate et d\u00e9termin\u00e9. D\u00e9termin\u00e9, ou r\u00e9sign\u00e9 ? Non, d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 rester pauvre, bien pauvre. Et honn\u00eate. A rester digne, et donc silencieux. Une aubaine pour les pouvoirs publics, un pauvre honn\u00eate. Si rare qu&rsquo;une gratification s&rsquo;impose ! Excellent, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de tous ces pauvres qui trichent, volent, protestent, et crachent leur haine sur les braves du dispositif de s\u00e9curit\u00e9. Pas celui de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, encore un malade celui-l\u00e0, non, celui de la s\u00fbret\u00e9 sociale plut\u00f4t, et nationale, svp. \u00c7a ne vous rappelle rien, social plus national, national plus social ? La pauvret\u00e9 comme la maladie mentale serait-elle dans les g\u00eanes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prison, indispensable panoplie de r\u00e9gulation et de contr\u00f4le de l&rsquo;ordre social. Mortif\u00e8re instrument dans la main du pouvoir en place. Un \u00e9pouvantail, une cage aussi, un cachot m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Facile : les sans-papier, \u00e9glise, stade, immeuble vacant, peu importe, vid\u00e9s, nettoy\u00e9s. Les \u00e9trangers, r\u00e9tention administrative, derri\u00e8re des barbel\u00e9s, nettoy\u00e9s. Les prostitu\u00e9es, on demande les papiers et on avise : prison, si irr\u00e9guli\u00e8res ou si porteuses de hasch, 90 %, nettoy\u00e9es. Les Gitans, profession voleurs, prison, nettoy\u00e9s. Les mendiants, pas nets, alcool, larcins, un couteau au cas o\u00f9, allez, prison, nettoy\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9cessaire la prison pour la propret\u00e9 et l&rsquo;hygi\u00e8ne ! Rappelez-vous : K\u00e4rcher&#8230; On lave, frotte, nettoie, jusqu&rsquo;au sang, nettoyage du paysage, de tous ses d\u00e9tritus, prostitu\u00e9es, Gitans, mendiants, squats, tentes&#8230; C&rsquo;est tr\u00e8s joli cette lessive joyeuse, mais apr\u00e8s, on fait quoi des taches, quand elles s&rsquo;incrustent et reviennent ? Alors des lois, des lois avant tout. Indispensables pour l\u00e9galiser la suite, l&rsquo;exclusion et l&rsquo;enferment. Pourquoi ? Mais parce que l&rsquo;or du pouvoir ne supporte pas la souillure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Utile donc pour montrer qu&rsquo;on l&rsquo;a en main, la s\u00e9curit\u00e9 du pays. 15 % de \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb en plus dans l&rsquo;urne. Rassurer l&rsquo;opinion, enthousiaste quand on annonce l&rsquo;ouverture de 14 000 nouvelles places en prison. Et enfin, des r\u00e9tentions de s\u00fbret\u00e9 \u00e0 vie, depuis le temps qu&rsquo;on demandait par quoi on pouvait remplacer la peine de mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Banalisation de la prison expos\u00e9e \u00e0 la une des quotidiens. Des prisons que l&rsquo;on remplit avec des ind\u00e9sirables sociaux, nuisibles. Des taches sociales qu&rsquo;il est urgent de faire dispara\u00eetre. La prison exclut du corps social ceux de ses membres qui ne se soumettent pas au pouvoir en place, \u00e0 ses lois officielles, aux r\u00e8gles implicites qui tissent la culture du moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exclusion par le ch\u00f4mage et la mis\u00e8re qui s&rsquo;ensuit, c&rsquo;est mauvais pour l&rsquo;identit\u00e9. Et bien s\u00fbr pour l&rsquo;identit\u00e9 sociale, cette enveloppe qui nous sert de seconde peau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C) La partie cach\u00e9e de l&rsquo;iceberg :\u00a0au nom de l&rsquo;\u00e9lectorat, du pouvoir et du veau d&rsquo;or&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisqu&rsquo;on ne peut pas \u00e9liminer physiquement tous ces improductifs, que c&rsquo;est strictement interdit, il faut alors leur trouver une issue convenable. Ce sera donc folie ou d\u00e9linquance, ou mieux : les deux. La sortie, ce sera donc l&rsquo;entr\u00e9e : l&rsquo;entr\u00e9e en prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;institution p\u00e9nitentiaire n&rsquo;est qu&rsquo;une cr\u00e9ation sociale et sa mission est d\u00e9finie par des textes \u00e9crits par des hommes, des hommes de loi, et des \u00e9lus aussi. Criminog\u00e8ne, ce lieu de souffrance ne laisse pas indemne. La prison secr\u00e8te la folie et la violence, chacun le sait, mais elle n&rsquo;a ni les moyens, ni la vocation de se r\u00e9former. Elle est muette et n&rsquo;apprendra pas \u00e0 parler. Mais elle montre aussi \u00e0 qui sait et veut voir, et c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 un enseignement incomparable, si on accepte d&rsquo;\u00f4ter le bandeau qui aveugle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9volution et mutation des mentalit\u00e9s : la justice serait-elle devenue une vaste entreprise d&rsquo;\u00e9limination \u00ab\u00a0lib\u00e9rale\u00a0\u00bb ? La mis\u00e8re, avatar ou effet collat\u00e9ral des priorit\u00e9s \u00e9conomiques ; la maladie mentale, trop ch\u00e8re pour les priorit\u00e9s \u00e9conomiques. Les priorit\u00e9s \u00e9conomiques, le d\u00e9terminant commun de la mis\u00e8re et de la maladie mentale avec, au bout, la prison apr\u00e8s le caniveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prison, pour ne pas regarder tous ceux qui ne servent \u00e0 rien pour la machine \u00e0 faire de l&rsquo;argent : les \u00ab\u00a0improductifs\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0inutiles\u00a0\u00bb, on dit qu&rsquo;ils co\u00fbtent cher, qu&rsquo;ils cassent la cadence. La prison, pour ne pas regarder tous ceux que \u00e7a arrange et qu&rsquo;il faut laisser tranquilles pour qu&rsquo;ils continuent \u00e0 faire de l&rsquo;argent. Du business.\u00a0Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question d&rsquo;agent. Et le scandale, c&rsquo;est de l&rsquo;habiller avec de la morale, des th\u00e9orie, de la justice, de la responsabilit\u00e9, et toute une industrie de l&rsquo;information.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prison, ce qu&rsquo;on a trouv\u00e9 de moins cher, et c&rsquo;est tr\u00e8s pratique pour distraire les gens et d\u00e9tourner leur attention de l\u00e0 o\u00f9 on fait de l&rsquo;argent, et seulement de l&rsquo;argent, rien que pour de l&rsquo;argent. Les gens, on s&rsquo;en fiche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prison, un paradoxe. Un mal, un crime, peut-\u00eatre, en miroir des crimes. Ou, plus simplement, sournoisement, hypocritement, une n\u00e9cessit\u00e9 qui a sa raison d&rsquo;\u00eatre. Une raison sup\u00e9rieure pas assez glorieuse pour se dire et s&rsquo;exposer. Un trompe l&rsquo;\u0153il. A qui profite la prison ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord, la prison fait vivre les m\u00e9dias. Ventes et audience, parts de march\u00e9 et tout l&rsquo;attirail contemporain du commerce et de la finance. Un \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb, la prison. Comme du temps des Romains qui savaient comment distraire le peuple et l&rsquo;affamer au besoin, <em>panem et circenses<\/em>, du pain et des jeux. Elle occupe un bon tiers de l&rsquo;information quotidienne, elle rassure l&rsquo;\u00e9cran avec ses miradors et ses guichets m\u00e9talliques, et si l&rsquo;on pouvait voir dedans, juste un peu, tenir la porte entrouverte, juste pour le frisson&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9linquance, une production et une r\u00e9ussite politique paradoxales. Ou comment diviser, r\u00e9duire et domestiquer le prol\u00e9tariat, par le prol\u00e9tariat lui-m\u00eame, la couche sociale \u00ab\u00a0laborieuse\u00a0\u00bb, forc\u00e9ment exploit\u00e9e, utile et n\u00e9cessaire \u00e0 la marche des affaires, un danger tout de m\u00eame pour la classe du dessus. La d\u00e9linquance, une cat\u00e9gorie sociale au sein du prol\u00e9tariat, le ver dans le fruit, une tumeur maligne excisable. Le parfait bouc \u00e9missaire. On regroupe ses membres, on les surveille, on les contr\u00f4le, les interpelle, les juge et les enferme. Une p\u00eache au fretin plut\u00f4t qu&rsquo;au gros, facile dans les eaux troubles, malodorantes, mais poissonneuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l&rsquo;on divise et l&rsquo;on cloisonne et l&rsquo;on exclut, bref, on r\u00e9duit ce prol\u00e9tariat encombrant avec ses id\u00e9es progressistes qui ont tendance \u00e0 germer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9linquance : une cat\u00e9gorie politique et sociale utile, limit\u00e9e, d\u00e9finie, contr\u00f4lable au sein de cette n\u00e9buleuse d'\u00a0\u00bbill\u00e9galismes\u00a0\u00bb sociaux, insaisissables et irr\u00e9ductibles, beaucoup plus dangereux&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9linquance, on peut la montrer du doigt, l&rsquo;exclure et l&rsquo;enfermer. Elle permet aussi de penser et de proclamer : \u00ab\u00a0Nous on n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec les d\u00e9linquants, faut pas confondre\u00a0\u00bb. Et d&rsquo;en avoir peur des d\u00e9linquants. Excellent la peur pour le pouvoir : on se tient tranquille, on condamne et on applaudit la r\u00e9pression. En d&rsquo;autres termes, les d\u00e9linquants, ce sont ces autres scandaleux, des boucs \u00e9missaires bien pratiques qui nous innocentent sans le savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 elle, il s&rsquo;agit de maintenir intact le pouvoir de la classe poss\u00e9dante et d&rsquo;en prot\u00e9ger les activit\u00e9s. La d\u00e9linquance est d\u00e8s lors moins un risque qu&rsquo;une chance, coup double en somme : repoussoir et adh\u00e9sion \u00e0 la pr\u00e9sence polici\u00e8re, renforcement de la coh\u00e9sion sociale, la collectivit\u00e9 resserrant ses liens identitaires &#8211; contre. Contre qui ? Contre les siens, per\u00e7us comme l&rsquo;autre, l&rsquo;autre toujours, l&rsquo;exclu, le mauvais, l&rsquo;\u00e9tranger, l&rsquo;indigne taulard, d\u00e9tenteur naturel (exclusif) du mal. Avec, en toile de fond, la figure terrifiante de la prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Populisme p\u00e9nal. Ou de l&rsquo;art de faire prendre des vessies pour des lanternes. Ce sont eux, tous ces gens de la liste, qui sont responsables du pouvoir d&rsquo;achat qui baisse, de la fermeture des usines, des plans sociaux, des d\u00e9localisations, de l&rsquo;essence qui grimpe, du niveau de fran\u00e7ais d\u00e9sastreux&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prison : une n\u00e9cessit\u00e9 id\u00e9ologique au service du pouvoir. Des institutions comme la police, la justice, le syst\u00e8me p\u00e9nal sont l&rsquo;un des moyens utilis\u00e9s pour approfondir sans cesse cette coupure dont le capitalisme a besoin.\u00a0C&rsquo;est qu&rsquo;au XXI\u00e8me si\u00e8cle, le capitalisme r\u00e9gnant, on pense moins, on consomme, enfin, si on a les moyens. Les luttes r\u00e9volutionnaires sont surtout des r\u00e9voltes, d&rsquo;affam\u00e9s et de parias en qu\u00eate de survie dans des lieux d\u00e9sert\u00e9s, pill\u00e9s, indignes. Des explosions br\u00fblantes d&rsquo;exclus \u00e0 bout de m\u00e9pris et d&rsquo;oubli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais a-t-on pour autant compris la man\u0153uvre \u00ab\u00a0une vessie pour des lanternes\u00a0\u00bb ? Pourquoi s&rsquo;int\u00e9resser aux coupables minables, alors qu&rsquo;il en existe de beaux et de grands, au top 50 des fortunes mondiales \u00e0 la une des magazines une fois par an ? Mais parce qu&rsquo;ils sont \u00e9videmment trop beaux, trop grands et trop inaccessibles, trop loin et trop chers aussi. Et trop redoutables. Difficile de les tra\u00eener en justice. Faudrait des faits, un chef d&rsquo;inculpation. Et le d\u00e9lit de \u00ab\u00a0veau d&rsquo;or\u00a0\u00bb, pas plus de celui de capitalisme immoral et d\u00e9brid\u00e9, ne figure dans le code p\u00e9nal, ni dans celui de bonne conduite financi\u00e8re internationale, m\u00eame par temps de crise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, \u00e0 d\u00e9faut de moraliser la finance, moralisons le prol\u00e9tariat !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sens bien que cette m\u00e9ditation sur la prison est comme un sursaut, une sorte de r\u00e9action en qu\u00eate d&rsquo;humanit\u00e9, comme si c&rsquo;\u00e9tait en prison qu&rsquo;on allait d\u00e9sormais la rencontrer \u00ab\u00a0parce que la d\u00e9linquance est un signe d&rsquo;insoumission, elle porte quelque chose de nous tous\u00a0\u00bb (Catherine Baker). C&rsquo;est bien pourtant ce qui m&rsquo;avait saisie \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, assise au pied du lit \u00e9caill\u00e9 des malades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230; Alors ceux dont vous parlez, ch\u00e8re libellule (Garde des Sceaux, Mme Dati), eh bien, \u00e9coutez-les un peu. \u00c9coutez leur histoire. Comptez sur vos doigts nerveux les drames qu&rsquo;ils ont v\u00e9cus depuis&#8230;avant m\u00eame leur naissance. D\u00e9branchez de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e vos fines antennes, tendez-les pour une fois, comme une parabole sur le balcon, vers le visage de ces jeunes, et notez : abandon, maltraitance, physique et sexuelle, drames conjugaux, alcool, alcool et alcool, m\u00e8re en sang, p\u00e8re en garde \u00e0 vue, placement en urgence. P\u00e8re absent, inconnu, disparu, d\u00e9c\u00e9d\u00e9, emprisonn\u00e9, reparti de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9diterran\u00e9e, beau-p\u00e8re violent, fugue, juge, foyer. On s\u00e8che, on fume, on sniffe, on boit (&#8230;). La prison rattrape son retard, et des quotas bient\u00f4t, \u00e7a marche si bien pour les paroissiens de votre coll\u00e8gue jaune clair. Il ne l&rsquo;aura pas vol\u00e9 sa mention AB \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e. Sauf que lui les met dehors tandis que vous, vous les enfermez bien \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Petite variante, l&rsquo;id\u00e9e est la m\u00eame, vous ob\u00e9issez : \u00ab\u00a0Vous nous en d\u00e9barrassez, allez ouste !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>III) Ce que serait une justice restauratrice : \u00ab\u00a0pas un rebut, mais un r\u00e9bus !\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A) Probl\u00e8mes de r\u00e9cidive et de r\u00e9insertion : \u00ab\u00a0Si c&rsquo;est un homme\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde dit depuis des si\u00e8cles que la prison ne sert \u00e0 rien. Mais elle est \u00e9ternelle. Parce qu&rsquo;aucun pouvoir ne survit sans prison, parce qu&rsquo;il y a toujours des r\u00e9calcitrants, parce qu&rsquo;il faut toujours exclure ce qui s&rsquo;oppose ou \u00e9chappe au pouvoir, le d\u00e9consid\u00e8re ou nuit \u00e0 son entreprise. Et rassurer les honn\u00eates gens, s\u00fbrs de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, qui est responsable ici, puisqu&rsquo;il faut sanctionner et punir ? Mais l&rsquo;\u00c9tat, la collectivit\u00e9, encore une fois, vous, nous, moi. Pour avoir accept\u00e9 que l&rsquo;institution fabrique de la folie et de la violence, et que les malades se trompent d&rsquo;asile, au sens hospitalier du terme. Rien de neuf, mais en plus de la surdit\u00e9 et de la c\u00e9cit\u00e9 psychique, il semble que les pouvoirs publics n&rsquo;aient pas appris \u00e0 lire \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire : des volumes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits \u00e0 ce sujet, tout a \u00e9t\u00e9 dit, et bien, et justifi\u00e9. Faudra-t-il un jour sanctionner l&rsquo;\u00c9tat ? Ce n&rsquo;est pas une boutade. C&rsquo;est une interrogation \u00e9minemment pertinente apr\u00e8s l&rsquo;affaire du sang contamin\u00e9, \u00e0 l&rsquo;heure du principe de pr\u00e9caution et des carnets de notes des ministres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mis\u00e8re et d\u00e9g\u00e2ts d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 avant la prison. Mis\u00e8re et d\u00e9g\u00e2ts sanitaires, psychiatriques durant l&rsquo;incarc\u00e9ration, rendant al\u00e9atoires les effets de la seconde mission p\u00e9nitentiaire : l&rsquo;insertion. Mis\u00e8re et d\u00e9g\u00e2ts apr\u00e8s la prison. Les \u00e9trangers, les sans-papiers, les pauvres, les malades, les enfants&#8230; double, voire triple peine donc pour tous ceux que la vie s&rsquo;\u00e9tait charg\u00e9e de punir sans h\u00e9sitation depuis leur naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on entre en prison, on se d\u00e9pouille donc, v\u00eatements, papiers, objets. C&rsquo;est la r\u00e8gle. La grande coupure. D&rsquo;avec le monde, d&rsquo;avec les siens, d&rsquo;avec soi. Une parenth\u00e8se la prison, en forme de cauchemar, de vide, de rien et d&rsquo;inutile. La parenth\u00e8se se referme-t-elle d&rsquo;ailleurs un jour ? Mais alors, et la socialisation, ou l&rsquo;insertion comme vous voulez, vous vous y prenez comment avec rien ? Plus rien de vous ? Un mort, on l&rsquo;habille joliment, on lui laisse parfois des objets intimes, on prend soin de leur identit\u00e9 singuli\u00e8re. Respect. Les prisonniers, eux : des morts plus morts que les morts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La loi dit tant de choses sur la prison, sur ses objectifs (punir, amender, r\u00e9ins\u00e9rer), sur ses effets attendus. La loi ne dit jamais que la s\u00e9questration &#8211; la r\u00e9clusion, l&rsquo;exclusion &#8211; de l&rsquo;enfermement p\u00e9nitentiaire est une atteinte \u00e0 la personne. Est d\u00e9sastreuse, criminog\u00e8ne, mortif\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c&rsquo;est ainsi que les plateaux de la balance judiciaire sont bien \u00e9quilibr\u00e9s : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le tort fait \u00e0 la victime, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts produits par la prison sur les d\u00e9tenus. Ah oui, la loi du Talion bien s\u00fbr, antique et v\u00e9n\u00e9rable, toilett\u00e9e tout de m\u00eame car on ne dit plus \u00ab\u00a0\u0153il pour \u0153il, dent pour dent\u00a0\u00bb, mais crime pour crime. Imaginez-vous tous ces d\u00e9tenus suicidaires, ces auto-mutil\u00e9s, ces paralytiques gr\u00e9vistes de la faim, ces avaleurs de fourchettes, de couteaux, de piles, de ferraille de toute sorte pour en finir ? Dans le silence des soignants et des gardiens, accabl\u00e9s et soumis, impuissants aussi, d\u00e9tournant le regard \u00e0 la fin et s&rsquo;\u00e9vitant ainsi la naus\u00e9e. En litres de sang et livres de chair, finalement, la prison s&rsquo;acquitte de sa dette avec honn\u00eatet\u00e9 et pers\u00e9v\u00e9rance. Mais n&rsquo;est-ce pas ainsi qu&rsquo;on les fabrique les r\u00e9cidivistes, quand la vengeance remplace la justice ? Ou que les faits de la justice appellent la vengeance ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et parlons du mitard, cette cellule d&rsquo;isolement complet, ce lieu o\u00f9 l&rsquo;on se suicide beaucoup. Survivance du cachot, sanctuaire intouchable et mauvais pour la sant\u00e9, pas bon<a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mitard10.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"360\" data-permalink=\"https:\/\/tobeornot.fr\/?attachment_id=360\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mitard10.jpg?fit=300%2C336&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"300,336\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"mitard10\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mitard10.jpg?fit=300%2C336&amp;ssl=1\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-360\" title=\"mitard10\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mitard10.jpg?resize=150%2C150&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mitard10.jpg?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/mitard10.jpg?zoom=2&amp;resize=150%2C150&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a> pour les soins, o\u00f9 \u00e9chouent les rebelles et, de plus en plus souvent, les malades agit\u00e9s. Quand il y a signalement, diagnostic d&rsquo;inspection, mesure d&rsquo;urgence, injections parfois. Alors l\u00e0 on est carr\u00e9ment hors la loi : on traite sans examen convenable, sans confidentialit\u00e9, sans consentement, sans les conditions minimales du secret professionnel et de la surveillance du malade. De quoi se faire traduire devant le Conseil de l&rsquo;Europe par le Comit\u00e9 de pr\u00e9vention de la torture qui aurait raison. Mais qui devrait aussi condamner l&rsquo;incarc\u00e9ration des malades mentaux et les conditions de la vie indigne et cruelle en prison, et bannir l&rsquo;usage du mitard. Mais a-t-on seulement pens\u00e9 pour le d\u00e9tenu \u00e0 une cellule psychologique d&rsquo;urgence pour l&rsquo;aider \u00e0 se d\u00e9faire de son d\u00e9sespoir ? Et pour le gardien et ceux qui d\u00e9couvrent les corps suicid\u00e9s au petit matin ? O\u00f9 se cache l&rsquo;humanit\u00e9 ? Partie en vacances ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re invention du petit empereur, les malades mentaux ont fait comme tous les prisonniers condamn\u00e9s : quand la peine est finie, c&rsquo;est ennuyeux, je vous l&rsquo;accorde, il faut partir&#8230; Or, <span style=\"text-decoration: underline;\">on ne supprime pas la pauvret\u00e9 en enfermant les pauvres, on ne gu\u00e9rit pas la maladie mentale en emprisonnant les malades<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des prisonniers, en entrant sont sans emploi, en situation pr\u00e9caire, ont un niveau scolaire inf\u00e9rieur \u00e0 la 3\u00e8me, aucune formation professionnelle, sans logement stable, sans protection sociale. Vous imaginez comment ils sortent de prison ? Bacheliers, actionnaires d&rsquo;une multinationale, propri\u00e9taires d&rsquo;un F4 ? Non, bien s\u00fbr, ils en sortent encore plus d\u00e9munis : un carton, quelques tickets repas et de transport, un p\u00e9cule minimal, le num\u00e9ro d&rsquo;appel gratuit du 115, en situation administrative irr\u00e9guli\u00e8re, papiers perdus ou absents&#8230;. Avec, pour tout issue, la mis\u00e8re, la r\u00e9cidive, ou la mort. 80 % des prisonniers sortent de prison sans accompagnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital p\u00e9nitentiaire que j&rsquo;ai appris que la justice et ses instruments perdent tout pouvoir, toute signification et toute port\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 commence l&rsquo;humain. L&rsquo;histoire des hommes ne s&rsquo;arr\u00eate certainement pas au guichet de la prison, elle se poursuit dans cet underground. On juge un homme. Mais son histoire dans laquelle sont tiss\u00e9s les faits, qu&rsquo;en faites-vous ? Son destin, en somme, gros de l&rsquo;infraction, qu&rsquo;en faites-vous ? La justice retient l&rsquo;homme, mais son histoire lui \u00e9chappe. Paradoxe, car c&rsquo;est bien de son histoire dont il s&rsquo;agit avec l&rsquo;infraction qui le donne \u00e0 la justice. Pas seulement de l&rsquo;acte commis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prisonnier est l\u00e0, mais, \u00ab\u00a0si c&rsquo;est un homme\u00a0\u00bb, il reste invisible, ou c&rsquo;est que l&rsquo; \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb s&rsquo;est absent\u00e9. Ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>B) Contre l&rsquo;ignorance : comprendre l&rsquo;homme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne trouvez-vous pas \u00e9trange qu&rsquo;on criminalise la pauvret\u00e9 ? Et qu&rsquo;on enferme les pauvres \u00ab\u00a0normalement\u00a0\u00bb ensuite ? La pauvret\u00e9 est-elle un crime, comme la maladie mentale, au point d&rsquo;\u00eatre passible, comme elle, de la justice, de la sanction et de la punition ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Punit-on les malades de l&rsquo;\u00eatre ou ceux qui ne les ont pas soign\u00e9s ? Punit-on les pauvres de l&rsquo;\u00eatre, ou bien traquons-nous les coupables de la mis\u00e8re ? Les enfermer parce qu&rsquo;ils sont socialement inadapt\u00e9s ??? Inadapt\u00e9s \u00e0 quoi ??? Et si c&rsquo;\u00e9tait la soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;\u00e9tait pas adapt\u00e9e ???<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00e9connaissance de l&rsquo;homme et de son histoire. Confusions entre pauvret\u00e9, maladie et infraction (comme la l\u00e8pre au Moyen Age).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les gens auxquels on ne comprend rien sont dangereux, forc\u00e9ment. Et c&rsquo;est dangereux en effet de ne rien comprendre. Rien de pire que l&rsquo;ignorance. C&rsquo;est la m\u00e8re de tous les maux, celle de tous les vices, de tous les d\u00e9rapages en tout cas. Et l&rsquo;ignorance est bien partag\u00e9e : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ceux qui ne savent pas ce qu&rsquo;ils font, de l&rsquo;autre, ceux qui ne savent pas pourquoi ceux qui ne savent pas ce qu&rsquo;ils font le font : pourquoi un schizophr\u00e8ne tue, un agresseur sexuel viole, un d\u00e9prim\u00e9 suicide sa famille, un alcoolique boit. On sait seulement une chose : c&rsquo;est mal. On va alors punir ces handicap\u00e9s du discernement que nul n&rsquo;a soign\u00e9 quand il \u00e9tait encore temps. Ce sera d\u00e9j\u00e0 \u00e7a et au moins ils seront bien gard\u00e9s et on sera tranquille du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0victimes\u00a0\u00bb, une cat\u00e9gorie sociale en expansion et qui vote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est que les restrictions budg\u00e9taires ont cass\u00e9 les \u00e9quipes soignantes. Un schizophr\u00e8ne est une personne qui a perdu le contact avec la r\u00e9alit\u00e9, qui d\u00e9lire, qui est hallucin\u00e9e, qui a besoin d&rsquo;\u00eatre en permanence soutenue dans la vie quotidienne. La suivre et ne jamais l&rsquo;abandonner implique une \u00e9quipe soignante en rapport, quantitativement \u00e9toff\u00e9e. Avec des \u00e9quipes soignantes exsangues, on ne peut plus suivre les patients. On les perd. Ils sont dans la rue, ils errent d&rsquo;h\u00f4tels en foyers. Ils d\u00e9lirent, ils d\u00e9lirent de plus en plus et un jour ils passent \u00e0 l&rsquo;acte. Ils ne sont pas responsables. Les schizophr\u00e8nes ne sont pas responsables de leur schizophr\u00e9nie. Les responsables sont ceux qui ont assassin\u00e9 les \u00e9quipes soignantes. Les institutions ont pour effet de diminuer la criminalit\u00e9. Les \u00e9quipes soignantes ont un r\u00f4le protecteurs vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9. Mais en \u00e9vitant aux malades une double peine : leur maladie et la prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>B) Soigner l&rsquo;homme dans sa totalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment r\u00e9veiller les hommes politiques, \u00e0 propos de ces marges qui, pesantes, inactives, improductives, n&rsquo;ont plus leur place dans la collectivit\u00e9. Qu&rsquo;a-t-on fait du dispositif de solidarit\u00e9, ce devoir social, qui veillait sur l&rsquo;int\u00e9gration ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pauvret\u00e9 et la maladie mentale sont li\u00e9es par l&rsquo;exclusion. La mis\u00e8re g\u00e9n\u00e8re la honte, l&rsquo;isolement, la d\u00e9pression, la perte des rep\u00e8res identitaires, et pourquoi pas la psychose, lorsque l&rsquo;\u0153uvre de d\u00e9shumanisation est achev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, n&rsquo;oublions pas que toutes les collectivit\u00e9s n&rsquo;\u00e9liminent pas leurs \u00ab\u00a0marges\u00a0\u00bb. Certaines les prot\u00e8gent, les sacralisent presque. Devoir sacr\u00e9 d&rsquo;accueil et d&rsquo;hospitalit\u00e9, d&rsquo;entraide, de protection du d\u00e9muni et du malade. Un couvert est mis, la porte reste ouverte ; et c&rsquo;est encore vrai chez les pauvres justement, quand ils sont organis\u00e9s en communaut\u00e9. Ou quand des valeurs le commandent, religieuses ou traditionnelles, et quand, tr\u00e8s proche de la conscience, intime et collective, on a gard\u00e9 la connaissance de l&rsquo;humain, de la souffrance partag\u00e9e, de la contingence du bonheur et de l&rsquo;al\u00e9atoire de la r\u00e9ussite. On dit empathie, je crois, pour parler de cette disposition inter humaine. On dit aussi que les grands criminels ne connaissent pas l&#8217;empathie&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mal, c&rsquo;est de laisser un enfant souffrir. C&rsquo;est d&rsquo;ignorer les causes de sa souffrance. C&rsquo;est de choisir de renoncer. De choisir \u00e0 la place un bouc \u00e9missaire. Il s&rsquo;agit d&rsquo;apprendre \u00e0 faire la guerre \u00e0 l&rsquo;ignorance. On sait qu&rsquo;il faut chercher, mais chercher c&rsquo;est cher, \u00e9videmment, beaucoup plus que la prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudrait des logements pour les pauvres, une urbanisation digne de ce nom, la d\u00e9molition des ghettos autrement qu&rsquo;au lance-flamme ou au k\u00e4rcher, des \u00e9tablissements de soins pour le traitement des malades mentaux. Il faudrait des soins identiques pour tous, ceux du dehors, comme ceux de la prison. Il faudrait une r\u00e9ponse mat\u00e9rielle ad\u00e9quate. Il faudrait un programme. Il faudrait un choix. Au lieu de cela, nous assistons \u00e0 une inflation carc\u00e9rale ubuesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, il faut le rappeler, en prison, ce n&rsquo;est pas une action, des faits ou une affaire dont il est question un jour. C&rsquo;est d&rsquo;une vie, tout enti\u00e8re. Je le r\u00e9p\u00e8te encore. Le dit-on assez ? On juge des faits, certes, mais aussi une personne. On sanctionne des faits et on punit une personne. A-t-on consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;histoire, la vie, l&rsquo;histoire de la vie du condamn\u00e9 ? On y aurait rencontr\u00e9 la personne et les faits, visibles ou devin\u00e9s dans un coin, implicites ou commis. On dira sans doute que l&rsquo;on peut donc pr\u00e9dire ? Oui et non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, quelles failles sociales et identitaires pour m\u00e9riter la prison? Paradoxe : de telles failles donnent-elles d&rsquo;autres choix que la transgression ? Font-elles bon m\u00e9nage avec le libre arbitre ? Et le discernement ? Avec la d\u00e9pression, sans aucun doute. Alors, faut-il enfermer les pauvres ou traiter la pauvret\u00e9 ? Enfermer les malades ou traiter leur maladie ? Les pauvres et la maladie sortent de prison. Tant mieux, tant pis ? C&rsquo;est un fait, et la justice est aveugle, nous le savons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comprenez : un acte est un et l&rsquo;auteur est multiple. Et, quand le prisonnier malade a deux, trois ou quatre maladies psychiatriques ? Il devient un r\u00e9bus &#8211; pas un rebut, un r\u00e9bus. La justice le sait. Pas la r\u00e9tention de s\u00fbret\u00e9. Mais l&rsquo;auteur est devenu un d\u00e9tail. Or, s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 l&rsquo;auteur, aux auteurs de l&rsquo;acte, ce n&rsquo;est pas na\u00eff ni utopique, c&rsquo;est m\u00eame une fa\u00e7on de rendre la justice, on dit, au Canada, une \u00ab\u00a0justice restauratrice\u00a0\u00bb. Donner un sens \u00e0 l&rsquo;acte, c&rsquo;est du m\u00eame coup donner un sens \u00e0 la peine, c&rsquo;est rendre son \u00e2me \u00e0 l&rsquo;auteur et \u00f4ter la marque infamante. C&rsquo;est dire que l&rsquo;auteur demeure dans l&rsquo;ordre humain, ce n&rsquo;est ni chr\u00e9tien ni id\u00e9ologique, c&rsquo;est&#8230; biologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00e9connaissance de l&rsquo;homme incarc\u00e9r\u00e9, m\u00e9connaissance aussi des d\u00e9g\u00e2ts psychiques li\u00e9s \u00e0 l&#8217;emprisonnement et au fonctionnement carc\u00e9ral. M\u00e9connaissance des s\u00e9quelles psychiques, de la \u00ab\u00a0psychose carc\u00e9rale\u00a0\u00bb attribu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;isolement et \u00e0 l&rsquo;ensemble des indignit\u00e9s subies, portant atteinte de la conscience de soi, au sentiment identitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dommage qu&rsquo;on se bouche les oreilles d\u00e8s qu&rsquo;on annonce de telles \u00e9vidences. On vous assomme assez \u00e0 longueur d&rsquo;ondes pour vous convaincre de l&rsquo;existence du mal incarn\u00e9 et du monstre. Savez-vous que, parfait sp\u00e9cimen de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, bien \u00e9quip\u00e9 de vos notions intangibles du mal et du bien, vous avez dans un recoin de vos synapses neuronales de quoi mettre une bombe dans un RER ? Nous poss\u00e9dons tous, dans un coin de notre cerveau, cette part d&rsquo;irrationalit\u00e9 universellement partag\u00e9e qui conduit parfois \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9. C&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la transgression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, s&rsquo;il faut tout de m\u00eame un proc\u00e8s et une peine, on n&rsquo;attend pas vingt ans d&rsquo;exclusion, on soigne l&rsquo;auteur condamn\u00e9, tout de suite, sans attendre, sans diff\u00e9rer ce qui sans doute aurait d\u00fb \u00eatre entrepris bien avant le proc\u00e8s. Et pas forc\u00e9ment en prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous connaissez une alternative ? Oui, une seule : proclamer tr\u00e8s haut et plus encore que la prison n&rsquo;est pas un lieu pour soigner les malades mentaux, n&rsquo;en d\u00e9plaisent aux agit\u00e9s qui nous gouvernent. En prison on soutient, on tente de soulager, d&rsquo;accompagner ceux qui le souhaitent et n&rsquo;en peuvent plus, d&rsquo;eux-m\u00eames, de la prison et de la vie, mais on ne distribue pas du bonheur pour faire passer le temps si long&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0C) \u00c9couter&#8230; l&rsquo;homme&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230; Nous verrons. Nous verrons si les consciences s&rsquo;\u00e9veillent, si la clameur de Fresnes r\u00e9sonne \u00e0 nouveau, si la raison rena\u00eet, forte comme une \u00e9vidence, inondant, telle la mousson apr\u00e8s la s\u00e8cheresse, l&rsquo;opinion publique d\u00e9shydrat\u00e9e et f\u00e9condant la pens\u00e9e. Les cr\u00e9atures \u00e9lys\u00e9ennes balay\u00e9es par le bon sens retrouv\u00e9 du peuple r\u00e9concili\u00e9 auraient alors trois lignes dans les livres d&rsquo;histoire du XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les malades seraient de nouveau soign\u00e9s dans de vrais h\u00f4pitaux, les prisons d\u00e9lest\u00e9es des malades, des mourants, des vieillards en fin de vie et des sans-papiers. On pourrait enfin apprendre \u00e0 dire Monsieur aux mis\u00e9reux, et m\u00eame aux mis\u00e9rables, \u00e0 prononcer leur nom et \u00e0 leur serrer la main. On aurait le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 je crois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tout cas, pour l&rsquo;heure, l&rsquo;\u00e9nigme demeure. Et je reste d\u00e9munie. La justice met un peu d&rsquo;ordre en \u00e9tiquetant tout cela, en classant les faits, en \u00e9tablissant un bar\u00e8me pr\u00e9cis des sanctions et des punitions correspondantes. Mais je suis d\u00e9munie, car, la justice pass\u00e9e, que signifie pour le malade la distinction, par exemple, entre \u00ab\u00a0caresse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0viol\u00a0\u00bb, lorsque l&rsquo;attirance est forte, la qu\u00eate obs\u00e9dante, l&rsquo;excitation sexuelle insoutenable ? La peur et la honte au paroxysme ? La coupure de soi telle qu&rsquo;elle cr\u00e9e deux \u00e9trangers, dans une m\u00eame enveloppe ? Je suis d\u00e9munie&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;\u00e9coute et chaque d\u00e9tenu m&rsquo;apprend quelque chose ; je ne d\u00e9couvre que ce que je savais d\u00e9j\u00e0 : il n&rsquo;y a aucun lien entre la loi, la justice, les projets du petit chanoine et de la libellule, et la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience psychique et humaine de ces infracteurs condamn\u00e9s pour des faits \u00e9nigmatiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9coute et je d\u00e9couvre cependant une chose : ces auteurs d&rsquo;infractions sexuelles, ces p\u00e9dophiles, ces incestueux, \u00e9voluent avec le temps, et pas seulement parce que leur libido s&rsquo;enfuit. Ils \u00e9voluent comme des n\u00e9vros\u00e9s lorsque la parole pers\u00e9v\u00e9rante dans l&rsquo;\u00e9change th\u00e9rapeutique finit par d\u00e9gager un espace pour de nouveaux investissements, ou pour un nouvel am\u00e9nagement des int\u00e9r\u00eats et du plaisir, piliers de l&rsquo;estime de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allons-nous laisser ces \u00e9nigmes, ces interrogations si graves et s\u00e9rieuses sans r\u00e9ponses, aux bons soins, non pas de la justice qui applique la loi, mais d&rsquo;un opportunisme politique qui n&rsquo;a ni le temps de penser, ou, plus simplement, n&rsquo;en a ni le d\u00e9sir, ni les moyens ? Ah si, les centres de s\u00fbret\u00e9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;\u00e9coute et il arrive que mes consultations rel\u00e8vent davantage de la rencontre, de l&rsquo;\u00e9change, le temps d&rsquo;une \u00e9coute, d&rsquo;une rencontre dehors\/dedans : le dedans d&rsquo;une bulle bien close et ouverte sur un large monde partag\u00e9, celui de l&rsquo;imaginaire, des \u00e9motions, de la parole, de l&rsquo;\u00e9change, du possible. Et le dehors, la prison, qui enferme et soustrait du vrai monde. Les relations qui se cr\u00e9ent ainsi sont uniques et pr\u00e9cieuses. Le mis\u00e9reux comme le mis\u00e9rable, le voleur comme le meurtrier. Le prisonnier \u00ab\u00a0accidentel\u00a0\u00bb, comme le r\u00e9cidiviste, comme le reclus \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Nous quittons le domaine de la justice, et entrons dans celui des hommes. L&rsquo;indicible et le pr\u00e9cieux sont l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0La pauvret\u00e9 et la maladie psychiatrique n&rsquo;ont donc rien d&rsquo;anodin. Elles s&rsquo;inscrivent dans l&rsquo;organisation sociale et dans la repr\u00e9sentation que la collectivit\u00e9 se forge d&rsquo;elle-m\u00eame. Protection, exclusion, \u00e9limination. La prison, cette machine \u00e0 punir, \u00e0 corriger, \u00e0 exclure, \u00e0 \u00e9liminer.\u00a0Fosse aux lions la prison ? Cour des miracles ? Ar\u00e8ne sanglante ? Pas du tout. Ruche, fourmili\u00e8re, bouillon de culture, d&rsquo;\u00e9motions, de passions, exacerb\u00e9es, usantes, tuantes. Un concentr\u00e9 d&rsquo;humanit\u00e9, son lieu de concentration. Son dernier refuge? Son dernier asile ? Dernier paradoxe.\u00a0Mais, un peu d&rsquo;objectivit\u00e9 tout de m\u00eame, reconnaissons que l&rsquo;on progresse : on installe l&rsquo;eau chaude dans les prisons&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 Postface<\/em>\u00a0A l&rsquo;instant o\u00f9 les \u00c9tats Unis ouvrent en grand la porte \u00e0 l&rsquo;espoir et r\u00e9alisent le r\u00eave d&rsquo;un pasteur assassin\u00e9, la consternation nous saisit : la libellule vient en effet d&rsquo;ouvrir avec pompes et apparat le premier Centre de R\u00e9tention de S\u00fbret\u00e9. A l&rsquo;h\u00f4pital de Fresnes. Au m\u00e9pris des fondements de la Justice, des recommandations du Conseil constitutionnel et du simple bon sens. Dans l&rsquo;urgence et la d\u00e9magogie. En vertu du principe de pr\u00e9caution et au nom du populisme p\u00e9nal. Dans le silence assourdissant des instances sanitaires. Et c&rsquo;est en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>8 d\u00e9cembre 2011, la b\u00e9n\u00e9vole que je suis fait ses premiers pas \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital carc\u00e9ral de Fresnes (le seul en France), premiers constats : on lui refait une beaut\u00e9, une jeunesse, un beau vernis, des murs jaune paille au linol\u00e9um assorti. C&rsquo;est propre et plus moderne. Les malades appr\u00e9cient le \u00ab\u00a0luxe\u00a0\u00bb de passer leur journ\u00e9e sur un lit m\u00e9dicalis\u00e9. L&rsquo;h\u00f4pital est en travaux depuis un an. La moiti\u00e9 d&rsquo;un \u00e9tage, c\u00f4t\u00e9 m\u00e9decine, est termin\u00e9e. Les travaux sont en cours en moyen s\u00e9jour et en r\u00e9\u00e9ducation. Mais, m\u00eame parmi les chambres repeintes, toutes n&rsquo;ont pas l&rsquo;eau chaude&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il est a noter \u00e9galement que commencent \u00e0 se d\u00e9velopper en France des unit\u00e9s de soins pour d\u00e9tenus dans quelques h\u00f4pitaux publics, comme \u00e0 la Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris, par exemple.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais je ne parle que de quelques lits, que d&rsquo;une poign\u00e9e de \u00ab\u00a0chambres\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;en est-il du Grand Quartier de Fresnes, et des milliers d&rsquo;autres cellules en France ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais on ne parle que de \u00ab\u00a0mieux\u00a0\u00bb mat\u00e9riel. Entre promiscuit\u00e9 et isolement, humiliations et violences, quelles r\u00e9ponses apporter aux souffrances, \u00e0 l&rsquo;isolement et aux d\u00e9tresses morales des d\u00e9tenus ? Qui, elles, demeurent&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Bibliographie compl\u00e9mentaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catherine Baker, <em>Pourquoi faudrait-il punir ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Michel Foucault, <em>Surveiller et punir. Naissance de la prison<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Denis Salas, <em>La volont\u00e9 de punir. Essai sur le populisme p\u00e9nal<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Synth\u00e8se et morceaux choisis de l&rsquo;essai de Christiane de Beaurepaire : Non-lieu, un psychiatre en prison, 2009, Fayard, 358 p. \u00ab\u00a0Rester sensible aux hommes et \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9,\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;\u00e9motion, la leur et la n\u00f4tre,\u00a0c&rsquo;est un message d&rsquo;affection \u00e0 mes &hellip; <a href=\"https:\/\/tobeornot.fr\/?p=309\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-309","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-des-mots-prisonniers"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8aM3h-4Z","jetpack-related-posts":[{"id":1971,"url":"https:\/\/tobeornot.fr\/?p=1971","url_meta":{"origin":309,"position":0},"title":"Toute premi\u00e8re fois : d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9volat atomique","author":"Delphine Dhombres","date":"25 novembre 2018","format":false,"excerpt":"Les oubli\u00e9s des oubli\u00e9s\u00a0: accompagner des personnes vieillissantes en prison1\u00a0? 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Mais\u00a0punir\u00a0signifie-t-il pour autant\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;des Mots prisonniers&quot;","block_context":{"text":"des Mots prisonniers","link":"https:\/\/tobeornot.fr\/?cat=8"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/IMG_0824-150x150.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2615,"url":"https:\/\/tobeornot.fr\/?p=2615","url_meta":{"origin":309,"position":1},"title":"Des pauvret\u00e9s en milieu carc\u00e9ral \u2013 les leurs, comme les n\u00f4tres","author":"Delphine Dhombres","date":"21 novembre 2022","format":false,"excerpt":"C'est par le biais de la pauvret\u00e9 que je suis entr\u00e9e en prison, il y a pr\u00e8s de neuf ans. Pauvret\u00e9 financi\u00e8re, \u00e9conomique, un SDF faisant la manche sur le quai d'une gare, par temps froid, qu\u00eatant une petite pi\u00e8ce pour se r\u00e9chauffer en prenant un caf\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je sors de\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;des Mots prisonniers&quot;","block_context":{"text":"des Mots prisonniers","link":"https:\/\/tobeornot.fr\/?cat=8"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_7846.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_7846.jpg?resize=350%2C200 1x, https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_7846.jpg?resize=525%2C300 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_7846.jpg?resize=700%2C400 2x, https:\/\/i0.wp.com\/tobeornot.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_7846.jpg?resize=1050%2C600 3x"},"classes":[]},{"id":2369,"url":"https:\/\/tobeornot.fr\/?p=2369","url_meta":{"origin":309,"position":2},"title":"Bagnard un jour, taulard toujours ?","author":"Delphine Dhombres","date":"30 janvier 2021","format":false,"excerpt":"Bonjour Delphine, qu'est-ce qui vous a motiv\u00e9 pour devenir Visiteuse de prison ? 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